Faire de l’énergie solaire une solution économiquement viable pour nos enfants

Lorsque j’avais 11 ans, mon père m’a offert un ordinateur. Il avait coûté 300 dollars (environ 270 euros) et avait 2 kilo-octets de RAM. Avec l’argent que j’avais économisé, je me suis acheté un livre sur la programmation. C’était il y a 32 ans et cela a déterminé le cours de ma vie, m’ouvrant la porte sur un monde plein d’avenir. Malheureusement, mon père est mort bien trop tôt pour voir combien son cadeau m’est encore utile aujourd’hui. Il m’a poussé à jouer un rôle actif dans la révolution que représente le haut débit mobile, révolution qui, grâce à un simple appareil de la taille de la main, nous permet de contacter n’importe qui, n’importe où dans le monde, mais aussi d’apprendre et de partager.


Dans les années 80, la plupart des parents suédois auraient pu, eux aussi, acheter un ordinateur à leurs enfants, mais, contrairement à mon père, ils ne l’ont pas fait. Notre génération se trouve aujourd’hui face à un choix similaire. Quel héritage allons-nous laisser à nos enfants ? Il y a quelques semaines, je suis tombé sur cette image troublante, un graphique retraçant l’évolution des températures depuis la dernière période glaciaire à partir de données fournies par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Si notre génération est à l’origine d’une des plus grandes révolutions technologiques, elle est également responsable d’un des plus gros problèmes auxquels nous soyons aujourd’hui confrontés, à savoir le changement climatique. Qu’allons-nous faire pour y remédier ? Personnellement, je veux pouvoir regarder mes enfants dans les yeux quand ils seront plus grands et leur dire que j’ai apporté ma contribution.

 

Birmanie

Lorsque je suis arrivé en 2013, la Birmanie était un pays fermé, avec une population vivant majoritairement dans des conditions précaires, mais dans un environnement intact. Yangon était une ville verdoyante, à la végétation luxuriante, où les gens vivaient de manière calme et détendue. Les voitures y étaient très peu nombreuses, les motos inexistantes, de même que les embouteillages. J’avais l’habitude d’aller courir le matin pour commencer la journée avec une bonne bouffée d’air pur.
En 2016, la Birmanie est entrée dans le futur. Les Birmans sont aujourd’hui connectés, ils bénéficient d’une meilleure éducation, de meilleurs emplois et d’une plus grande liberté. Il y a quelques mois, le Président Obama a levé les sanctions qui pesaient sur le pays. Mais, avec la croissance économique est venue la pollution. En l’espace de trois années, les rues se sont remplies de voitures crachant d’épaisses fumées noires. Le réseau électrique étant limité, voire inexistant dans certains endroits, les ventes de gros générateurs diesel industriels se sont multipliées. Désormais, lorsque je reviens de ma séance de jogging, ma peau est recouverte d’une pellicule de poussière noirâtre.

 

L’idée

Si l’utilisation de l’énergie solaire pour alimenter les sites télécoms hors réseau électrique est une solution qui existe depuis déjà plusieurs décennies, son délai de retour sur investissement (5 à 10 ans) est jugé trop long, notamment par les opérateurs confrontés à des problèmes de liquidités et nécessitant un déploiement rapide. Dans ces cas-là, leur choix se porte quasi systématiquement sur une solution d’alimentation diesel.
Un des avantages avec la Birmanie, c’est que nous partions sur des bases vierges. Aussi, lorsque nous avons commencé à déployer le réseau télécoms dans les zones les plus rurales du pays, nous nous sommes demandés, avec mes collègues, s’il ne serait pas possible de créer une station de base solaire qui serait plus économique à exploiter que l’alternative diesel.
Car la seule condition pour que les solutions solaires soient déployées à grande échelle, c’est précisément qu’elles soient moins coûteuses que les autres. Cette économie de coût permettra de connecter davantage de personnes dans les zones rurales et de le faire de manière respectueuse de l’environnement. Sachant que les télécoms dans leur ensemble contribuent, grâce à la mobilité, à réduire les émissions de carbone, nous disposons-là d’une opportunité supplémentaire d’abaisser l’empreinte carbone.

 

Une puissance de 500 watts

La consommation électrique totale de la station de base que nous avons créée, en comptant les transmissions hertziennes, les contrôleurs et la climatisation, est de l’ordre de 500 watts. Pour donner un ordre de grandeur, la puissance d’un fer à repasser est généralement de 1000 watts et celle d’un site 2G/3G standard de 2000 watts. En d’autres termes, notre solution solaire réduit la consommation électrique d’un facteur 4, puisqu’elle utilise uniquement 25 % de l’énergie normalement consommée par un site standard ; elle nécessite, par ailleurs, quatre fois moins de batteries et de panneaux solaires que les autres installations du même type.
Pour que notre concept puisse fonctionner, il nous fallait une technologie capable de changer radicalement la donne économique. La réponse, nous l’avons trouvée dans la solution PSI développée par Ericsson, qui permet d’offrir, sans compromis aucun, une couverture 3G ou 4G avec une consommation d’énergie très réduite. La seule contrepartie, c’est la capacité, qui est moindre. Toutefois, une capacité moyenne étant généralement suffisante dans les zones rurales, cela ne pose guère de problème. Sachant que l’avenir réside dans le haut débit mobile, nous avons décidé de faire l’impasse sur la 2G et de passer directement à la 3G.
La solution PSI coverage, associée à des équipements hertziens économes en énergie et à un système d’alimentation de faible encombrement, est venue compléter l’équation, nous permettant d’apporter, de manière à la fois efficace et durable, un accès au haut débit dans les zones les plus démunies. Nous sommes très fiers d’avoir été les premiers au monde, en 2015, à faire la démonstration de cette solution sur du HSDPA double porteuse à 42 Mbit/s, en Birmanie.

 

Quels ont été les résultats ?

Pendant la période de la mousson, notre site a fonctionné pendant trois mois avec une disponibilité de 100 %. D’ici quelques années, après une longue période pluvieuse, il se pourrait qu’il s’arrête de fonctionner pendant une nuit, mais je ne pense pas que cela pose de problème. En effet, dans ces villages ruraux où il n’y a ni routes, ni électricité, ni égouts, ni véritable réseau d’alimentation en eau, les gens vont se coucher dès que la nuit commence à tomber. Dans ce type de situation, nul besoin de la disponibilité de 99,9999 % généralement garantie par Ericsson : une disponibilité de 99,7 % est parfaitement acceptable… et largement mieux que 0 !

 

Et sur le plan économique ?

Au bout d’une année de fonctionnement, notre site solaire, neutre en énergie, s’avère plus économique que les sites standard alimentés par un générateur diesel. Et d’ici 3 à 5 ans, il coûtera moitié moins, en termes aussi bien de dépenses d’exploitation que de dépenses d’investissement. Les résultats ont dépassé nos attentes les plus folles et j’en suis particulièrement fier. Tout le monde nous disait que c’était impossible, mais nous y sommes arrivés ! La prochaine étape sera de déployer cette solution à l’échelle mondiale.
Plus tard, je pourrai regarder mes enfants dans les yeux et leur dire que j’ai apporté ma contribution !

À propos de Anders Larsson


Anders a travaillé pendant près de 20 ans au déploiement du haut débit mobile dans dix pays différents. D’abord responsable des produits GPRS, puis LTE, il est ensuite devenu vice-président de l’activité Services de communication et haut débit mobile pour la région Asie et Océanie. Il occupe actuellement le poste de directeur de la Technologie au sein d’Ericsson Birmanie. Anders a déposé plusieurs brevets en matière de solutions radio, cœur de réseau et couches de service. Sa motivation est de contribuer à laisser une empreinte positive durable sur le monde.

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