
Carlota Perez distingue cinq grandes vagues systémiques de développement économique depuis la Révolution industrielle
Pour Carlota Perez, professeur de technologie et développement à l’université de Tallin en Estonie, la crise économique actuelle n’est qu’une étape dans le mouvement de yoyo qui n’a cessé d’agiter le capitalisme depuis l’apparition de la Révolution industrielle. Pour elle, elle augure d’un avenir proche radieux avec une reprise mondiale largement partagée grâce aux bienfaits de la mondialisation, de l’écologie, et surtout, des technologies de l’information et de la communication (TICS). Synthèse d’une réflexion qui a le mérite d’interpeler !
Carlota Perez s’est fait remarquer sur la scène internationale en publiant en 2002 un ouvrage sur les révolutions technologiques et le capital financier dans lequel elle analyse notamment la manière dont s’enchaînent les bulles et les âges d’or. Sorti au lendemain de l’effondrement du NASDAQ, le livre a immédiatement trouvé audience parmi les capitaux-risqueurs et les jeunes loups de la Silicon Valley qui voulaient comprendre « ce qui leur était tombé sur la tête », explique-t-elle. Aujourd’hui, après les scandales financiers nés de ce qu’elle appelle « la finance casino », les partisans d’un retour à un Etat plus présent se pressent pour le lire.
Au cours de ses travaux universitaires, Carlota Perez distingue cinq grandes vagues systémiques de développement économique depuis la Révolution industrielle en Europe et en Amérique du Nord (voir schéma ci-dessous). A ses yeux, le modèle fonctionne toujours de la même manière quelle que soit la période historique considérée.

A chaque fois, la première moitié de la vague est marquée par la spéculation, l’explosion de nouvelles technologies et la prédominance du capital financier. En revanche, la deuxième moitié constitue un âge d’or économique et social porté par un capitalisme de production et par un Etat plus actif.
Entre ces deux périodes, existe une phase de transition et de transformation. Proche de la vision de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, père du concept de « destruction créatrice ». Carlota Perez s’inscrit totalement dans cette lignée. Pour elle, chaque phase de révolution technologique s’accompagne d’une transformation du climat des affaires. La période dominée par la finance voit se développer la spéculation, les bulles et des expériences débridées où les anciennes technologies sont remplacées ou modernisées par de nouvelles. Les bulles fournissent du capital aux infrastructures montantes du moment et sont en ce sens utiles même si elles impactent d’autres pans de l’économie et de la société (voir schéma ci-dessous).

Une fois la transition achevée, succèdent alors des périodes de « déploiement » dominées par la production, caractérisées par la prospérité et la sécurité, et qui sont généralement considérées comme des âges d’or. Mais le passage de la phase financière à la phase de production ne s’est jamais fait en douceur. Ce « tournant », pour reprendre l’expression de Carlota Perez, s’est au contraire toujours déroulé sur fond de paniques, de récessions et de confrontations politiques, l’exemple le plus dramatique étant la Grande Dépression de 1929.
La nécessaire intervention des pouvoirs publics
Carlota Perez estime que les pouvoirs publics doivent intervenir pour mettre fin au règne du court terme imposé par les marchés boursiers et instaurer dans la vie économique une culture d’investissements sur le long terme. Selon elle, la mondialisation exige un certain degré de supervision supranationale, mais des mécanismes d’encadrement locaux sont aussi nécessaires car la mondialisation permet aux entreprises de choisir les meilleurs emplacements pour maximiser leur productivité et leurs bénéfices tout au long de leur chaîne de valeur. De nombreuses sociétés — en particulier dans le secteur des TICS — ont également abandonné leurs structures hiérarchiques, autoritaires, pour adopter une organisation « en réseau », plus horizontale et consultative.
Les autorités locales, régionales et nationales doivent prendre acte de ces évolutions et adapter leurs propres organisations afin d’établir un vaste consensus social sur le type d’investissements que chaque région veut attirer. Mais le rôle des gouvernements ne se borne pas à encadrer : ils peuvent aussi construire. Les précédentes révolutions technologiques ont apporté une longue liste de nouvelles infrastructures, qu’il s’agisse de canaux, de voies ferrées, de bateaux à vapeur, du télégraphe, de la radio, du téléphone, de l’électricité ou encore des autoroutes.
Aujourd’hui, la dernière arrivée est Internet. Les pouvoirs publics doivent aider la population à y avoir accès, insiste Carlota Perez. « L’accès universel crée le plus gigantesque espace d’interactions économiques qui soit, ouvert à tous », ajoute-t-elle. « Les entreprises peuvent exploiter cette espace de demande dynamique. » La révolution actuelle des TICS ne serait que la première d’une série de révolutions technologiques qui finira par déboucher sur une « véritable société du savoir », capable de trouver une solution à de nombreux problèmes démographiques, sanitaires et environnementaux.
Mots-clefs : Carlota Perez, Développement économique, Economie Numérique, Ericsson Business Review, Expert, Futur, Innovation, Opinion, TICS
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