L'avenir des nouveaux médias passe par les télécoms

Par Olivier Cimelière, le mercredi 28 octobre 2009, classé dans Haut Débit,Multimédia,Opinion,Stratégie
Pour Gerd Leonhard, les télécoms sont un élément clé de l'économie des nouveaux médias

Pour Gerd Leonhard, les télécoms sont un élément clé de l'économie des nouveaux médias

Finis les CD et les DVD  ! A l'avenir, le contenu sera majoritairement vendu sous forme numérique. Et, comme le pense le Suisse Gerd Leonhard, l’un des plus éminents analystes dans le domaine des médias, les télécoms vont notamment permettre à l’industrie des nouveaux médias d'agir dans un cadre à la fois légal et rentable. Une analyse décoiffante qui remet en place certaines idées reçues !

Cette vision ne deviendra toutefois concrète selon Gerd Leonhard, que si deux obstacles de taille sont appréhendés et levés au préalable. Premièrement, les opérateurs de télécoms ignorent les mécanismes des médias, ainsi que la façon de s’y prendre pour populariser les contenus sur mobile. Deuxièmement, les sociétés de diffusion se montrent souvent peu enclines à changer leurs méthodes de fonctionnement.  « Il est temps pour les opérateurs de changer leur fusil d’épaule et de se positionner en fournisseurs de contenus, de divertissements et de services de communication qui vont au-delà de la simple messagerie », explique Gerd Leonhard. « Les distributeurs de contenu, pour leur part, s’accrochent désespérément à un modèle de vente dépassé. Par exemple, très peu de gens achètent de la musique en ligne, préférant la télécharger gratuitement. Et il en va de même des films et des émissions télévisées. »

Contenu gratuit et licences

Selon Gerd Leonhard, c’est aux opérateurs de faire le premier pas. Ils doivent accepter de subventionner l’usage du contenu jusqu'à ce que la publicité sur mobile se généralise ou qu’il existe d’autres façons rentables de financer les contenus. Il avance notamment que : « Dans le cas de la musique, les opérateurs devraient développer sur leurs réseaux des services de musique légale gratuite. Ils deviendraient ainsi de puissants distributeurs d’expériences musicales et pourraient s’appuyer sur cette offre gratuite pour développer d’autres offres, payantes cette fois-ci, qui leur permettraient de rentabiliser leurs investissements. Le marché de la musique évolue vers le modèle économique freemium, c'est-à-dire un modèle gratuit pour les services de base et payant pour les services supplémentaires. »

A terme, Gerd Leonhard envisage l’adoption d’un système de licences pour les médias numériques, à l’instar de celui qui existe déjà dans de nombreux pays européens pour la télévision et la radio. « En Allemagne, le montant de la redevance télé s’élève à 150 euros par an. Pourquoi ne pas inclure la musique numérique dans cette redevance ? », suggère-t-il. « Il est également possible de créer un système de licences propre aux médias numériques. Imaginons un droit de l’ordre de 1 euro par se

maine : je suis convaincu que la majorité des gens seraient prêts à payer cette somme, ce qui permettrait de générer des revenus considérables. Et de toute façon, même si les contribuables refusaient de payer eux-mêmes cette somme, il serait toujours possible de trouver l’argent auprès de sponsors ou par le biais de la publicité ou du marketing. »

Pour Gerd Leonhard, il est clair que la mise en place d’un système de licences pour les médias numériques ne peut se faire sans le concours des opérateurs de télécoms. « Ils ont le pouvoir économique de créer un tel système car ils ont déjà les utilisateurs », explique-t-il. « Moyennant une pression suffisamment forte, les propriétaires de contenus accepteront le principe des licences publiques et le secteur des télécoms acceptera de son côté d’en assurer le financement. »

Pour Gerd Leonhard, le principe de répartition des revenus générés par ce système serait le même que dans le cas d'une licence radio. « La lecture en continu ou le téléchargement de musique pourrait être surveillé au moyen d’une empreinte numérique. Ainsi, à la fin de chaque mois, il serait possible de savoir combien de fois une œuvre musicale a été téléchargée et donc de définir la part de revenus qui revient à cette oeuvre dans un pays en particulier. Plus une chanson est écoutée, plus elle rapporte d'argent à son auteur. »

Vers de nouveaux modèles de paiement

Dans les pays qui ne disposent pas de systèmes de licences, comme les Etats-Unis, Gerd Leonhard suggère un système reposant sur la publicité. « Vous pouvez écouter de la musique ou lire un livre gratuitement sur votre téléphone portable moyennant l’affichage d’annonces publicitaires », explique-t-il. « C'est ainsi que Google, par exemple, peut proposer des services gratuits, tels que Gmail. Je ne pense pas que les Américains voient d'inconvénients à recevoir des publicités sur leur téléphone portable dans la mesure où celles-ci sont en rapport avec le contenu. »

Gerd Leonhard prévient : « Si les fournisseurs de contenu ne s’adaptent pas aux nouveaux modèles de paiement, ils risquent d’aller droit dans le mur. Jusqu’à cette année, la plupart  d’entre eux ont tenté de conserver un contrôle monopolistique du marché. Aujourd’hui, parce qu'ils ont affaire à un système ouvert, cela ne leur est plus possible. Et dans l’hypothèse d’une plateforme ouverte, une collaboration s'impose entre tous les acteurs, notamment entre les sociétés de médias et les opérateurs de télécoms. »

En conclusion, Gerd Leonhard estime que « Le véritable problème n’est pas tant que les gens refusent de payer, mais bien plutôt qu’il faut repenser les barrières de péage. Comme je m’évertue à le dire, c’est là que le bât blesse pour les fournisseurs de contenu, car ils n'ont pas su placer ces barrières de péage au bon endroit. S’ils y parviennent, je suis convaincu que les gens seront prêts à payer pour accéder au contenu qu'ils désirent. »

Pour en savoir plus, lisez le blog de Gerd Leonhard : www.mediafuturist.com/

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